Extrait de "Travailler mieux pour vivre plus" de Jérôme Ballarin :

Travailler_couverture

jerome ballarin

"Le big-bang culturel que nous appelons de nos voeux sera donc d'abord une révolution managériale. Le manager, par bien des aspects, sera un manager du développement durable s'il se comporte comme un agriculteur bio.

Pourquoi donc un tel rapprochement entre agriculture bio et "management bio" ? Parce que le soin que l'agriculteur bio apporte aux ressources naturelles qu'il doit cultiver et transformer - qu'elles soient végétales ou animales - s'apparente au soin que le manager doit apporter aux ressources humaines qui lui sont confiées.

Quand l'agriculteur bio prend en compte les rythmes biologiques des plantes qu'il cultive et des animaux qu'il élève, le manger bio met en place les conditions qui permettront à ses collaborateurs de travailler sans agresser leur rythme biologique (rythme de travail, pause, repas, mouvement, silence, etc.). On retrouve ici un vieux principe de management des hommes qui veut que chaque collaborateur soit une personne différente, avec ses propres moteurs, sa propre personnalité, et, désormais disons-le, son propre rythme biologique. [...]

Quand l'agriculteur bio laisse reposer les sols régulièrement et met certaines terres en jachère, le manager bio laisse chaque collaborateur avoir des temps de détente et ne demande pas les efforts aux mêmes personnes en permanence. Il laisse aussi à chacun des périodes de répit dans la prise en main de nouvelles missions ou l'acquisition de nouvelles compétences, pour que, de cette page blanche qu'il a ainsi laissé apparaître naturellement, puisse émerger de nouvelles idées et de nouvelles actions.

Là où l'agriculteur bio adopte une approche holistique de son activité et veille à respecter les écosystèmes, là où il fait en sorte de ne pas polluer les rivières même si ce sont les habitants à plusieurs kilomètres en aval qui en seront pénalisés et pas lui, le manager bio cherche à prendre en considération la totalité de l'individu qu'il manage, veillant par exemple à ce que ce dernier ne sacrifie pas sa vie personnelle au profit de sa vie

professionnelle. Le manager bio prend en considération l'écosystème de chacun des ses collaborateurs. Comme l'agriculteur bio respecte l'écosystème de chaque plante, de chaque espèce animale. C'est en faisant en sorte que l'ensemble de l'écosystème de son collaborateur soit respecté - à la hauteur bien sûr de ses possibilités et sans se montrer non plus intrusif - , que le manager bio obtient le meilleur "rendement" de son collaborateur. Un rendement "raisonné" comme celui que l'agriculture raisonnée demande à la nature. L'écosystème du collaborateur, c'est l'ensemble des sphères qui concourent à son épanouissement : sphères professionnelle, familiale, artistique, associative, amicale, corporelle, spirituelle, etc.

Le manager bio privilégie la performance durable au coup d'éclat passager : il sait qu'un collaborateur peut se surinvestir pendant quelques mois ou quelques années et atteindre une performance extraordinaire, mais qu'un jour, il sera rattrapé par la patrouille et payera ses excès (fatigue, maladie, divorce, burn-out...)."

 http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20110415trib000615779/il-faut-reinventer-le-contrat-social-dans-l-entreprise.html